Le brouillard mental : comprendre ce syndrome cognitif encore méconnu

J’ai récemment écouté une émission sur le brouillard mental sur France Inter, Grand bien vous fasse, que je vous recommande vivement, c’est ici 👉 lien
Les intervenants sont des spécialistes en la matière:
– Véronique Gérat-Muller, docteur en psychologie clinique et psychopathologie, fondatrice et directrice de recherche.
– Sylvie Chokron, neuropsychologue, directrice de recherche au CNRS de classe exceptionnelle à l’Université de Paris
– Sébastien Bohler, docteur en neurosciences, polytechnicien, rédacteur en chef du mensuel Cerveau et Psycho avec à la une un très bon dossier, comment sortir du brouillard mental.
En attendant je vous retransmet mes notes sur ce que j’ai pu comprendre du brouillard mental. Personnellement, je me suis reconnue dans beaucoup de ces aspects et j’ai pu en apprendre un peu plus sur mon fonctionnement.

Le brouillard mental, c’est quoi exactement ?

Le brouillard mental n’est pas une maladie. C’est plutôt un syndrome ou un état, c’est-à-dire un ensemble de symptômes qui peuvent apparaître dans différentes situations.

En gros, c’est l’inverse d’avoir les idées claires. On a l’impression que le cerveau fonctionne au ralenti, comme si quelque chose bloquait la fluidité de la pensée.

Les personnes qui en souffrent décrivent souvent :

  • des difficultés de concentration
  • une mémoire capricieuse
  • la sensation de ne pas être pleinement présent à ce que l’on fait
  • la difficulté à trouver ses mots
  • l’impression de lire plusieurs fois la même phrase sans l’intégrer

À cela s’ajoute souvent une fatigue cognitive très forte. Le cerveau semble s’épuiser beaucoup plus vite que d’habitude.

On estime qu’environ un quart de la population connaîtra un épisode de brouillard mental au cours de sa vie.

Les causes peuvent être très variées

Le brouillard mental peut apparaître dans de nombreux contextes.

Certaines maladies peuvent le provoquer : cancer et traitements anticancéreux, COVID long, fibromyalgie ou traumatismes crâniens par exemple.

Il peut aussi être lié aux variations hormonales : ménopause, période prémenstruelle, post-accouchement, ou certains traitements hormonaux.

Mais il peut également apparaître dans des contextes plus psychologiques ou liés au mode de vie : burn-out, stress prolongé, manque de sommeil chronique, ou encore alimentation déséquilibrée.

Ce qui se passe dans le cerveau

Un mécanisme revient souvent dans les explications : la neuro-inflammation.

Quand le cerveau est en état inflammatoire, la transmission des informations entre les neurones devient moins efficace. La gaine de myéline qui permet normalement aux messages nerveux de circuler rapidement se dégrade, ce qui ralentit fortement le traitement de l’information.

Les zones frontales du cerveau, impliquées dans l’attention et la prise de décision, semblent particulièrement touchées.

Ce n’est pas Alzheimer

Le brouillard mental peut être très inquiétant quand on le vit, mais il est important de rappeler une chose : il est réversible.

Contrairement aux maladies neurodégénératives comme Alzheimer, l’intelligence n’est pas perdue.

Ce sont plutôt les mécanismes qui permettent d’utiliser ses capacités qui sont perturbés.

Beaucoup de personnes disent avoir l’impression d’être devenues moins intelligentes, alors qu’en réalité ce sont surtout l’attention, la mémoire de travail et la capacité de décision qui sont affectées.

Un handicap invisible

Le brouillard mental est difficile à expliquer à son entourage.

De l’extérieur, il y a peu de signes visibles. Les proches peuvent penser à un manque d’effort ou de motivation.

Pourtant dans la vie quotidienne cela peut devenir très lourd : difficulté à suivre une conversation, à organiser ses tâches ou à reprendre le travail.

Certaines personnes finissent par douter de leurs propres capacités, ce qui peut entamer la confiance en soi.

Les pistes pour s’en sortir

Certaines approches existent, notamment la remédiation cognitive, souvent proposée par des neuropsychologues. L’idée est d’aider le cerveau à retrouver des stratégies de fonctionnement.

La première étape consiste souvent à accepter un temps de repos cognitif. Un peu comme lorsqu’on se casse une jambe : avant la rééducation, il faut laisser le temps de récupérer.

Certaines habitudes de vie peuvent aussi aider :

  • dormir suffisamment
  • avoir une alimentation équilibrée
  • bouger régulièrement
  • limiter le multitâche et le temps d’écran
  • préserver les interactions sociales

Ce que je retiens

Ce que je trouve rassurant, c’est que le brouillard mental ne signifie pas que le cerveau est abîmé définitivement. Il peut être le signe que le corps ou l’esprit ont été poussés trop loin et qu’ils ont besoin de temps pour récupérer.

Mettre des mots sur ce phénomène permet aussi de déculpabiliser.

Et parfois, simplement comprendre ce qui se passe dans son cerveau est déjà un premier pas pour aller mieux.