Découvrir le sens de sa vie et de son travail : réflexions autour de Viktor Frankl et de l’Ikigaï

Pourquoi chercher du sens à sa vie et à son travail ?

J’avais envie de mentionner deux livres que j’ai lus dernièrement et qui m’ont profondément fait réfléchir au sens de la vie et au sens du travail. Ces lectures m’ont aidé à mettre des mots sur des questionnements que beaucoup d’entre nous traversent à un moment donné : pourquoi se lever le matin, pourquoi faire ce que l’on fait, et surtout comment vivre de manière plus alignée avec ce qui nous anime vraiment.

Les deux livres sont, sur la forme comme sur le fond, radicalement différents, mais tous deux cherchent à nous aider à comprendre le sens de notre vie, à identifier ce qui nous met en mouvement et nous permet de vivre — et de travailler — mieux.

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Viktor E. Frankl et la logothérapie : trouver du sens même dans la souffrance

Le premier livre, celui de Viktor E. Frankl – psychiatre et neurologue qui a vécu les camps de concentration et qui a fondé la logothérapie, troisième école de psychothérapie de Vienne après celle de Freud et Adler – est profondément touchant. Mais on apprend également beaucoup de choses sur les différents états d’esprit des personnes qui tentent soit de survivre, soit de s’indigner, soit d’abdiquer.
Tout au long de la première partie du livre, Viktor F. observe son entourage mais également ses propres pensées pour nous livrer les leçons que la vie dans les camps lui a enseignées. En tant que médecin et psychiatre, sa vision des choses est particulièrement intéressante.

Comme il observe les prisonniers se résigner et abandonner au fur et à mesure de leur temps dans les camps, Viktor F. comprend que la source principale de l’abandon est la perte de sens dans leur vie. Une fois que l’espoir de s’en sortir vivant est de plus en plus maigre, jusqu’à parfois ne plus exister, les survivants commencent à se demander : « à quoi bon vivre ? pourquoi lutter ? ».
Le livre est très intéressant sur le plan psychologique et historique, et je ne pourrais pas donner beaucoup plus de détails sur le reste, mais je vous invite réellement à le lire (170 pages seulement).

Pour aller au cœur du sujet et de comment découvrir un sens à sa vie, Viktor F. nomme trois façons:
– A travers une oeuvre ou une bonne action (sens de l’accomplissement)
– En faisant l’expérience de quelque chose ou de quelqu’un (sens de l’amour)
– Par son attitude envers une souffrance inévitable (sens de la souffrance).
Personnellement, en lisant ce passage, j’ai compris que j’avais trouvé un (ou plusieurs*) sens à ma vie et une motivation suite à mon burn-out. La souffrance, les questionnements et l’introspection qui s’en sont suivis m’ont changé et m’ont fait comprendre qu’il y avait deux chemins possibles face à ce que je vivais : abandonner, ou utiliser cette expérience pour transformer ma vie.

D’ailleurs, dans son livre, Viktor F. dit quelque chose d’assez marquant :

« La souffrance cesse de faire mal au moment où elle prend un sens […] Il s’agit là d’un principe fondamental de la logothérapie, l’être humain ne cherche pas avant tout le plaisir ni la souffrance, mais plutôt une raison de vivre. Voilà pourquoi l’homme est prêt à souffrir s’il le faut, mais à condition bien sûr, que sa souffrance ait un sens. »

Je ne pourrais pas détailler le reste du passage, notamment sur ce qui est inévitable ou non, mais il mérite vraiment d’être lu.
* je dis plusieurs car de mon point de vue, notre vie ne se résume pas à trouver un et unique sens. On peut avoir de nombreuses raisons de vivre et trouver du/des sens, dans le travail, dans la famille, les amis, la société, la nature, etc….

Il y a d’autres choses que je voudrais mentionner ici (il y a tellement à dire ^^), qui m’ont amené à réfléchir.
Tout d’abord, le côté subi / déterministe que la psychanalyse Freudienne a mis dans nos esprits, que Viktor F. remet en cause :

« L’être humain n’est pas complètement conditionné ; il a le choix d’accepter les conditions qui l’entourent ou de s’y opposer. »

Pour appuyer son propos, il raconte l’histoire du Dr J. (surnommé le meurtrier fou de Steinhof, car il envoyait de nombreuses personnes à la chambre à gaz) qui, emprisonné à Lubianka à Moscou après la Seconde Guerre mondiale, consolait les autres prisonniers et dont la conduite était irréprochable.
À cela s’ajoute l’importance de la responsabilité, que je trouve particulièrement intéressante, car elle nous force à regarder en dehors de nous-mêmes. Viktor F. explique que :

« Plus on s’oublie soi-même – en se consacrant à une cause ou à une personne que l’on aime –, plus on est humain, et plus on se réalise. »

Il aborde également le vide existentiel, cause de nombreux suicides, dont peuvent découler la dépression, l’agressivité et la toxicomanie :

« Le vide existentiel se manifeste surtout par un état d’ennui. On comprend maintenant pourquoi Schopenhauer a dit que l’humanité semblait réduite à osciller éternellement entre les deux points extrêmes de l’angoisse et de l’ennui. […] Le vide existentiel peut prendre plusieurs aspects. La recherche d’un sens à la vie est parfois remplacée par la recherche du pouvoir, incluant sa forme la plus primitive, soit le désir de gagner toujours plus d’argent. Dans d’autres cas, c’est la recherche du plaisir qui y est substituée. »

Pour terminer, Viktor F. nous parle d’une technique développée pour apaiser les peurs névrotiques. L’idée est que la peur provoque exactement ce dont on a peur, et que l’on peut utiliser ce mécanisme en l’inversant, c’est-à-dire en désirant excessivement ce que l’on craint pour en diminuer l’impact. Il appelle cela « l’hyper-intention » et la technique de « l’intention paradoxale ». J’ai trouvé l’idée très intéressante et je vous invite à en lire un peu plus dans 👉 cet article

Ikigaï et développement personnel : une approche plus accessible du sens de la vie

Laissons maintenant de côté ce premier livre — sinon je pourrais continuer des heures ^^ — et attachons-nous à la lecture du deuxième livre, celui de Christie Vanbremeersch. Il est beaucoup plus léger, se lit facilement et rapidement (je l’ai lu en 5 heures, là où celui de Viktor F. demande davantage de temps et de concentration). Ce livre ressemble davantage à un ouvrage de développement personnel ; on y retrouve d’ailleurs plusieurs concepts déjà présents dans d’autres livres ou sur internet (comme trouver sa zone de brillance). Les touches d’humour apportent un côté humain et sans complexe, très appréciable à la lecture. Ce que j’ai beaucoup aimé, ce sont les témoignages des personnes interviewées. Cela permet d’observer différentes situations de vie et de comprendre comment certaines personnes ont pu traverser des défis dans leur vie professionnelle et personnelle pour trouver le fameux « Ikigaï » (aka raison d’être).
Ce que j’ai moins aimé, en revanche, c’est que les situations économiques et sociales de ces personnes sont relativement similaires. Il manque, selon moi, des points de vue et des histoires de personnes partant de situations réellement difficiles et complexes.

Pourquoi cela me semble important ? Parce que, de ce que j’ai compris à travers ces ouvrages, la vraie difficulté pour trouver du sens dans sa vie réside dans le fait de faire face à ces petite(s) voix intérieure(s) qui brouillent la vision, nous dévalorisent, nous jugent et nous font croire que nous ne pouvons rien accomplir d’utile ou de légitime dans ce monde.
Lorsqu’on démarre dans la vie avec un certain parachute, une forme de sécurité ou l’assurance que quelqu’un ou quelque chose nous rattrapera, trouver un sens à sa vie me semble relativement plus accessible. On peut tenter, expérimenter, multiplier les essais. Là où, pour une personne en situation de précarité, cela est souvent impossible. De plus, l’état d’esprit de « réussir » ou de « construire » quelque chose de porteur de sens est bien plus difficile à développer lorsque l’on a grandi entouré de personnes qui galèrent ou qui ne vous encouragent pas à croire en vous et en votre réussite.

Sinon, j’ai relevé plusieurs éléments intéressants dans ce livre, que je vous résume ici :
🐘 Découpez l’éléphant en morceaux : avancer pas à pas en décomposant un objectif trop grand pour le rendre atteignable. Sinon, on procrastine et on ne se lance jamais, au risque de passer à côté de ce qui aurait pu donner du sens à notre vie.
😒 Qu’est-ce qui vous rend jaloux ? : utiliser la jalousie comme un indicateur de désirs ou de talents inexprimés.
🎨 Assumez votre style : accepter pleinement qui l’on est, sans se gommer, au risque de devenir interchangeable et de perdre notre unicité.
🎉 Obtenez et célébrez des petites victoires : renforcer la motivation en reconnaissant chaque progrès, même minime.
🎯 Prenez-vous vous-même au sérieux : se donner de la valeur et de la crédibilité dans ses propres projets. Si on le fait pas, on risque justement de ne pas être pris(e) au sérieux.
⚙️ Quelles sont vos conditions de fonctionnement ? : identifier ce dont on a réellement besoin pour être efficace et aligné (petit clin d’oeil à mon burn-out).
🚧 Vous allez échouer : accepter l’échec comme une étape normale car dans chaque échec se cache un apprentissage et une opportunité de faire mieux. En bref : ne pas se décourager et persévérer.

Ce que ces deux livres nous apprennent vraiment sur le sens de la vie

Ce que je retiens finalement de ces deux livres, c’est qu’ils abordent la question du sens de la vie et du sens du travail à deux niveaux différents, mais profondément complémentaires.

Viktor E. Frankl nous montre que le sens de la vie ne dépend pas uniquement des circonstances extérieures. Même dans la souffrance, même lorsque tout semble nous être retiré, il reste possible de choisir une attitude, une direction, une signification à ce que l’on traverse. Le sens devient alors une force intérieure, parfois le dernier rempart contre l’abandon.

Christie Vanbremeersch, de son côté, aborde davantage le sens du travail et de l’action au quotidien. Elle nous invite à écouter nos signaux intérieurs, à avancer par petits pas, à célébrer les victoires discrètes et à oser assumer qui nous sommes, sans attendre un bouleversement radical pour commencer à vivre de manière plus alignée.

Mis en perspective, ces deux ouvrages rappellent une chose essentielle : le sens de la vie et le sens du travail ne se trouvent pas tout faits. Ils ne tombent pas du ciel. Ils se construisent, se questionnent et évoluent avec le temps, à travers nos choix, nos engagements, nos échecs et parfois nos souffrances.

Chercher du sens, ce n’est peut-être pas trouver une réponse définitive, mais accepter de continuer à avancer malgré les doutes, avec l’intention sincère de vivre — et de travailler — d’une manière plus juste, plus consciente et plus humaine.